Les Cahiers du Mézenc N°38
2026
AVANT-PROPOS
Par la voix de son époux Henri Vidal, membre historique de l’association, les Amis du Mézenc saluent la mémoire de leur amie, Suzette Vidal, qui nous a quittés en 2025 à l'orée de notre « nuit du 4 août ».
Venant du même auteur, l’esprit malicieux du Mézenc resurgira dans une savoureuse évocation de la première Soupe au Chou des Amis du Mézenc, en 1989, où la facétie, déjà, était au rendez-vous.
Après s’être confronté aux deux versants du Mézenc, Jean-Paul Rogues célèbre le Montfol et son « cortège martelé par l’usure du temps vrai qui se dresse archaïque depuis des millénaires, sortis de terre pour affirmer leur vérité ».
À l’été 1944, les armées alliées, avec le concours des maquis locaux, libèrent progressivement le Sud-Est de la France. Jean-Pierre Verroul, dans un récit très documenté, entreprend un bilan des actions menées par la Résistance pour souligner le rôle capital tenu par les parachutages alliés. Pas moins de seize entre le 13 juillet et le 15 août 1944 à Villelonge, dans la commune des Vastres. Ces parachutages apportent aux maquis non seulement des armes et des postes de radio, mais aussi des vêtements, de la nourriture, des cigarettes et des coopérations entre Alliés. Ainsi, Virginia Hall, agent secret américaine versée au service secret britannique et qui jouera un rôle de premier plan dans l’organisation des maquis et la détermination des zones de largage. Au total, une action localisée qui a valeur d’exemple : celle du hameau de Villelonge. Une contribution de portées historique et historiographique.
Dans « Querelle de clocher à Saint-Voy », Jean Claude Soubeyrand, à la lumière de documents retrouvés récemment, évoque l’histoire mouvementée du petit clocher de l’église de Saint-Voy (commune de Mazet-Saint-Voy) pendant la Révolution française.
L’épopée sociale, racontée par Christian Maillebouis, qui a vu l’implantation de petites entreprises et services au Mazet-Saint-Voy à partir des années 1980, a été portée principalement par deux piliers de l'Église libre évangélique du Riou, hameau de cette commune. Par leur persévérance, ils ont su construire une dynamique sociale et industrieuse qui a transformé un village vieillissant. Au décès de ces initiateurs, ces activités perdurent encore, au plus grand profit de sa population actuelle.
Pour faire suite à l’article de Michel Carlat et de Christian Dormoy, paru dans Les Cahiers du Mézenc n°4 de 1992 dans lequel était décrite, entre autres, la majestueuse ferme de Bourlatier, Michel Engles nous livre quelques informations complémentaires, glanées dans les Archives départementales de l’Ardèche, à propos des métairies (Liberte, Ourseyres, Le Clapas et Caniard), de cet important domaine seigneurial. L’auteur s’attarde sur la bâtisse de Liberte, sauvée de la ruine complète dans les années 1990. Il évoque aussi l’importance de la marque qu’a laissée, dans la construction de ces fermes, la filière des maçons venus du Limousin, qui participe à l’originalité du bâti traditionnel du Mézenc.
Jean-Marc Rochette ajoute à sa biographie de Jean-Antoine Souteyran (1785-1864), capitaine des armées napoléoniennes originaire du Béage, un tableau d’hommage aux jeunes gens de cette commune enrôlés pour servir dans les guerres de Coalition dirigées contre la France. Les noms retrouvés au moment de la remise des médailles de Sainte-Hélène portent la mémoire de tous.
Jean-Marc Gardès rassemble depuis longtemps les récits de voyageurs écrivains. Robert Louis Stevenson est le plus connu de l’ensemble des contributeurs d’un tableau préethnographique inégal dans ses parties et les regards portés : Romain Truchard du Molin n’écrit-il pas en 1874 que « Les Cévennes sont nos Alpes, le Mézenc notre mont Blanc ». Pour l’apprenti ethnographe, le Mézenc est une terra incognita, une contrée reculée et peu sûre.
Parti du village des Estables où il soignait une tuberculose patatière diagnostiquée par Jeandou, le guérisseur du Massif, Kiki, espérait trouver autour du Mézenc la fameuse pomme de terre bleue. En effet, le Kiki avait un vieux rêve caressé dans la main de son père, quand celui-ci l’avait un jour voituré pour apporter des œufs à Marseille. On pourra s’étonner de ce transport et de ces tribulations, d’autant que George Sand avait jugé que ce pays était sans chemins et sans guides. On pourrait ajouter sans arbres. Jean-Claude Mermet, tâcheron de la plume, et Françoise Defive, point avare de crayons et de pinceaux facétieux, ont parcouru le massif du Mézenc de long en large, à la recherche de la pomme de terre bleue. Une façon de décrire par le menu la profonde originalité des récits de veillées de chacune des communautés d’Hommes d’en Haut.
De terrain et d’élevage il est question, dans l’article « Élever, ou de la poésie en Mézenc », Alain Richard et Sylviane Saugues s’étant plongés dans l’univers d’Elsa Sanial et de ses brebis. Plongée dans la bergerie des Badioux, mais également dans le petit livre poétique « Élever » d’Elsa, paru en 2025 aux « sahus sahus éditions ». Auteurs, photographe et peintre ont attendu la naissance des petits agneaux pour cette livraison.
Lors des enquêtes menées sur le versant ardéchois du massif du Mézenc par Christian Oller et Jacques Julien, plusieurs informateurs avaient mentionné madame Simone Chanut comme une chanteuse en exercice possédant un riche répertoire régulièrement sollicité par la chanteuse qui, de plus, maîtrisait des interprétations différentes glanées dans les grands médias, mais aussi dans le contexte des chansons traditionnelles où, selon les auteurs, la transmission de bouche à oreille est dépendante du contexte d’énonciation et des lieux de transmission : pâturages où l’on garde les bêtes, moulinages de la soie, veillées, reboules des fins de travaux collectifs…
Trouvez l’intrus ? D’aucuns penseront : mais que vient faire le hamburger dans Les Cahiers du Mézenc ? Les ouvriers hambourgeois étaient à la recherche d’un mets simple, riche en protéines et aisé à préparer pendant leurs chantiers… Mais ici, voici le hamburger sublimé par le Fin Gras, préparé avec passion par nos restaurateurs locaux qui vont visiter les éleveurs et leurs bêtes sur le terrain, et que Jean-Paul Rogues a rencontrés.
À tous, bonne lecture !